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samedi 4 avril 2009

le papet vaudois et le pape Araignée

Une betterave active, les premiers jours du printemps, un clavier délaissé, cette recette attend sa publication depuis quelques semaines déjà.

Depuis que je pense à ce billet, une comptine de l'enfance me tourne dans la tête. Connaissez-vous l'histoire du pape Araignée ?

Je l'ai répétée tant de fois et je la trouvais si étrange et poétique... ce n'est que des années plus tard que j'ai compris le jeu de mots... Pour moi, elle avait toujours sonné ainsi :

Le pape est mort. Un nouveau pape est appelé Araignée.
Araignée ? Quel drôle de nom. Pourquoi pas Libellule ou Papillon ?

Histoires de papes ; pour moi il y a celui de la petite enfance qui s'appelait Araignée. Puis celui de la papamobile qui tremblait de plus en plus mais qui me restait malgré des discours abscons et régressistes toujours un peu sympathique - pour des raisons confuses et polonaises, probablement. Celui d'aujourd'hui ne m'inspire pas deux lignes, et d'autres l'ont épinglés récemment mieux que moi.

N'empêche, papet vaudois, ça sonne comme pape, et ça sonne comme l'enfance. C'est un plat de chez nous, et chacune le cuisine de façon à ce qu'il ressemble le plus possible à celui de sa maman, grand-maman, ou autre référence familio-gustative. 
J'en connais d'ailleurs qui ont failli foutre en l'air une soirée entre filles à essayer de faire le papet à plusieurs. Cuire la saucisse à part ou dedans, piquée ou non. Faire revenir le poireau ou pas. Couper les pommes de terre, les laisser entières ou les écraser. Ajouter du vin blanc ou du vinaigre ou pas. Y mettre de la crème ou du bouillon (hérétiques !). Elles ont fini par en abandonner une seule en cuisine, pour la sauvegarde de l'amitié.


Alors si vous êtes vaudois, que vous lisez ce blog, et que vous faites votre papet autrement, je reçois volontiers vos commentaires par curiosité ethnologique, mais pour moi, c'est comme ça qu'il est vrai :

- 1 kg de poireaux
- 4-5 pommes de terre
- 1 saucisse aux choux
- 1 saucisse au foie (identifiable à sa ficelle rouge chez mon excellent fournisseur)
- 1 tombée de vinaigre
- huile, sel, poivre

Lavez les poireaux et coupez-les en demi ou quarts de rondelles de 1 cm de long. Piquez les saucisses d'un cure-dents à chaque extrémité.

Mettez-les dans une casserole d'eau froide et portez à ébullition. Dès que ça bout, baissez le feu et laissez cuire pour 1h en tout.

Faites revenir les poireaux dans un peu d'huile. Mouillez d'un petit verre d'eau et d'un trait de vinaigre de vin blanc et laissez cuire à feu doux pendant 30 minutes.

Epluchez les pommes de terre (avec un vrai épluche-patates ou économe suisse en U) et coupez les en morceaux grossiers. 

Ajoutez les aux poireaux pour encore 20-30 minutes de cuisson. Elles doivent être bien cuites, un peu fondantes, comme se dissoudre dans la masse mais pas tout à fait, pour qu'on aie parfois la sensation d'un morceau. Salez et poivrez.


Sortez les saucisses et coupez-les en deux ou trois tronçons. Servez sur assiette, une portion de papet, et un morceau de chaque saucisse. Ceux qui n'aiment pas le foie peuvent aussi ne choisir que de la saucisse aux choux, évidemment.


Côté quantité, une saucisse chacun nourrira de gros mangeurs ; avec ces proportions, nous avons eu de quoi faire un beau repas à deux et une petite assiette de restes pour mon dîner du lendemain (le papet est excellent réchauffé). Mais, sagesse paysanne, vaut mieux trop que pas assez.


Ces saucisses vaudoises se découpent sur la longueur, puis l'on "râcle" l'intérieur avec son couteau. Certains nettoient soigneusement leur boyau avant de commencer à déguster, d'autres mangent la chair au fur et à mesure, certains alternent les bouchées, d'autres mélangent le tout dans leur assiette... 
Le papet, c'est vraiment compliqué, car chacun fait à sa façon et chacun dans sa vérité...


... ben oui on est protestants, pis y en a point comme nous !

vendredi 6 mars 2009

bortsch pour Eugène O.

Je vous écris - quoi d'autre à dire ?
J'ai tout dit si je vous écris.
Je sais, cela peut vous suffire
Pour me punir par le mépris.
Mais dans ma peine, mon martyre,
Vous qui gardez un coeur qui bat,
Vous ne vous détournerez pas.


(...)




Tania gémit, Tania soupire ;
La lettre tremble dans sa main,
Le ruban rose de la cire
Figé sur sa langue carmin.
Elle a penché sa douce tête
Sur le côté. Sa chemisette
Glisse le long d'un bras charmant.


(...)




Tania espère, impatiente,
Que cessent les frissons du coeur,
Le tremblement dans la poitrine -
Pourtant ses joues sont purpurines,
Le feu brûle toujours plus fort,
Il se répand dans tout le corps...
Ainsi s'agite dans la fièvre
Un papillon batifolant
Pris au filet d'un garnement ;
Ainsi frissonne un pauvre lièvre
Qui dans la plaine labourée
Voit le chasseur qui va tirer.

Et puis, elle soupire, et lasse,
Elle se lève de son banc
Et tourne dans l'allée, quand, face
A elle, juste droit devant,
Seul, - Evguéni ; ses yeux de flammes,
Terribles, qui lui transpercent l'âme ;
Comme un feu qui la frôlerait,
Et la voilà, elle, en arrêt.
Mais pour narrer les conséquences,
Ami lecteur, pour le moment,
Je suis trop fatigué, vraiment.
Laissez-moi prendre une distance,
Me reposer d'un long discours -
J'achèverai un autre jour.

* * * * * * *

Bortsch
(pour seize acteurs et une quarantaine de leurs spectateurs) :



- 3 kg d'épaule de boeuf ou autre morceau pour bouilli
- 600 g de poitrine de porc fumée
- 1kg de pommes de terre
- 1 kg de carottes
- 2 kg de céleri pomme
- 3 kg de chou blanc
- 3 kg de betterave rouge (cuite)
- 6 poireaux
- 6 gros oignons
- 3 bouquets de persil
- 3 bouquets d'aneth
- 8 pots de crème acidulée
- 5 cc de grains de poivre noir
- 6 feuilles de laurier
- 9 cs de vinaigre de vin rouge
- du sel
- ainsi que des litres d'eau... et une très grande casserole


Mettez les viandes au fonds de la casserole. Couvrez d'eau froide. Portez à ébullition et laissez cuire à gros bouillons. Au cours des trente premières minutes (dès l'ébullition), écumez régulièrement. Assaisonnez avec les feuilles de laurier et les grains de poivre.

Coupez tous les légumes en julienne. Lavez et épluchez-les avant, quand nécessaire, faut-il le préciser ?

L'usage d'un robot ménager est vivement conseillé, quitte à devoir demander au gentil mari d'une collègue de faire un détour pour venir vous le prêter.



Réservez un bon tiers de la betterave en julienne, et mélangez la avec le vinaigre de vin. Gardez-la à part.

Ajoutez le reste des légumes au bouillon, et de l'eau en quantité suffisante pour recouvrir le tout.


Pour accélérer les choses, vous pouvez anticiper et la faire bouillir avant, pendant l'atelier découpage. Vous aurez peut-être besoin d'une deuxième casserole. Faites comme vous pouvez avec le matériel disponible, vous mélangerez le tout au fur et à mesure du service...

Laissez cuire au moins deux heures, à feu doux. Remuez de temps en temps. Salez, goûtez, re-salez. Vers la fin, ajoutez le persil haché.


Retirez la viande et le lard, et coupez-les en dés. Au vu de la quantité de légumes, plusieurs mains seront nécessaires pour aller à la pêche au bouilli.



Réintégrez les morceaux de viande dans la casserole, et juste avant de servir, ajoutez la betterave marinée au vinaigre. Une étape indispensable pour obtenir une belle assiette rose foncé, les betteraves qui auront cuit avec le reste ayant perdu leur couleur.


Proposez, au service de la crème fraîche acidulée et de l'aneth haché. Dégustez avec de la vodka jusqu'au bout de la nuit.



Alexandre Pouchkine : Eugène Onéguine - traduction André Markowicz - Babel